S’il est prématuré de faire un bilan de l’application du décret 2017-1411 prohibant l’importation ou la vente de lampes à incandescence, ce nouveau texte durcit, incontestablement, les sanctions.

En 2011, dans le souci d’améliorer l’efficacité de l’énergie et l’efficacité de l’éclairage, l’Etat du Sénégal avait adopté le décret 2011-160 du 28 janvier 2011 portant interdiction de l’importation et de la production de lampes à incandescence et promotion de lampes à économie d’énergie. Selon le directeur général de l’Aeme, malgré ses avantages, ce texte présentait beaucoup de limites et, de surcroît, n’arrivait pas à faire bannir les lampes à incandescence du marché sénégalais. « Celles-ci inondaient toujours le marché avec une forte pénétration dans les ménages », souligne Biram Faye. 
C’est ainsi que, pour renforcer la législation, l’Etat a promulgué le décret 2017-1411 qui abroge et remplace le décret de 2011. Ce nouveau décret interdit l’importation, la production, la commercialisation des lampes à incandescence et promeut les lampes à économie d’énergie. Ce nouveau texte apporte plusieurs innovations en ce sens qu’il élargit l’assiette d’interdiction des lampes à incandescence classiques qui inclut la commercialisation et la détention en vue de la vente en plus de l’importation et de la production. De même, il introduit le principe de l’autorisation exceptionnelle pour les lampes halogènes. Ensuite, il met en place des mécanismes de contrôle de la qualité des lampes à économie d’énergie à travers le contrôle de conformité. Enfin, il prévoit un mécanisme de gestion des déchets des lampes.
Selon Biram Faye, depuis la promulgation du décret 2017-1411, l’Aeme a entrepris plusieurs démarches en vue de soutenir l’effectivité des nouvelles dispositions réglementaires sur l’éclairage. Même si, dit-il, pour l’heure, il semble prématuré d’effectuer un bilan, plusieurs initiatives ont été lancées. Un groupe de travail intersectoriel de suivi de la mise en œuvre de la réglementation a été mis en place, regroupant plusieurs acteurs (Douane, Direction du commerce intérieur, chambre de commerce, Senelec, associations des consommateurs, etc.).
Ce groupe s’est réuni 7 fois en 2018 et de ses travaux émane un Plan d’actions opérationnelles pour assurer l’effectivité du décret, informe M. Faye.

Les sanctions prévues
Ce plan comporte plusieurs volets: formation sur les technologies d’éclairage pour les contrôleurs du commerce intérieur et les douaniers, sensibilisation… Deux arrêtés d’application (en cours de validation) relatifs à l’autorisation exceptionnelle des lampes halogènes et au contrôle de conformité (avec un laboratoire qui délivre un certificat de conformité) devraient bientôt venir renforcer ce dispositif réglementaire.
La réglementation sénégalaise prévoit des sanctions contre les produits prohibés. Celles-ci vont de la destruction de stocks aux amendes. « Les lampes à incandescence ne font pas exception », explique Biram Faye. Pour lui, il appartient aux différents corps de contrôle, « compte tenu des nombreux enjeux que représente ce décret et des intérêts de son application à la fois pour l’Etat et pour les ménages sénégalais », de jouer amplement leur rôle. « Il est évident qu’à terme, l’objectif est d’arriver à un retrait des lampes prohibées. Ce retrait, même s’il sera progressif ne pourrait se faire sans l’intervention des corps de contrôle (douanes, direction commerce intérieur) », dit-il.

Pour une citoyenneté énergétique

L’autre levier sur lequel mise l’Aeme, c’est la sensibilisation. Ces efforts, souligne l’agence, ont permis de répandre davantage l’économie et l’efficacité énergétique auprès des différents acteurs. Grâce aux activités de communication et d’information, notamment la communication de proximité et la communication institutionnelle, plusieurs catégories d’acteurs ont été « conscientisées » à la nécessité de bons comportements. Selon Biram Faye, plusieurs entreprises, établissements publics éducatifs ou sanitaires, groupements associatifs, ménages, organismes publics ou privés, groupements professionnels etc. ont été sensibilisés à l’économie d’énergie. « La plupart, notamment les écoles, les Dage des ministères, les associations ou groupements professionnels ont reçu des conseils et astuces pratiques leur permettant d’expérimenter, au quotidien l’économie d’énergie », dit-il. Cet effort de communication vise à nourrir, auprès des différents acteurs, la rationalisation de l’utilisation de l’énergie, mais surtout, à faire émerger « une conscience favorable » à l’efficacité énergétique. S’il reste encore beaucoup à faire, les acteurs « comprennent davantage » les nombreux bénéfices liés à l’économie d’énergie. « Il n’y a pas de secret, économiser de l’énergie, c’est économiser de l’argent. De ce point de vue, les enjeux de l’économie d’énergie sont énormes à la fois pour l’Etat et pour les ménages », souligne Biram Faye.
Selon lui, la sensibilisation apparait cruciale surtout auprès de la jeune génération chez qui, il faut développer une citoyenneté énergétique permettant d’économiser de l’argent et de préserver l’environnement.

Une application, efficacité énergétique

Depuis novembre dernier, l’Aeme a mis au point une application téléphonique efficacité énergétique et réglementation. La phase de mise à jour et finalisation des contenus étant achevée, l’application va passer en phase de déploiement très prochainement, nous dit-on.

En 2014, 78 % des quincailleries détenaient des stocks de lampes interdites

D’après une enquête de l’Aeme, en 2014, plus de 43 % des ménages utilisaient les lampes à incandescence classiques, avec une qualité assez douteuse. De plus, en dépit de leur connaissance du régime d’interdiction qui frappait les lampes à incandescence, 47 % des distributeurs et 24 % des importateurs continuaient toujours à les commercialiser, révèle M. Faye. Pour la distribution dans la région dakaroise, près de 78 % des quincailleries, boutiques ou magasins d’appareils électriques détenaient des stocks de lampes interdites assez importants. D’après le directeur général de l’Aeme, ces statistiques ont mis en évidence « les faiblesses » du décret 2011-160 et l’inefficacité du régime de contrôle des lampes mis en place et viennent rappeler davantage la nécessité de raffermir le cadre réglementaire.

BIRAM FAYE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’AEME
« De 2015 à fin 2018, l’Etat a économisé 2,5 milliards de FCFA sur sa facture d’électricité »

De 2015 à fin 2018, l’Etat a pu économiser plus de 2,5 milliards de FCfa sur sa facture d’électricité. Ce qui prouve, selon le directeur général de l’Agence pour l’économie et la maîtrise de l’énergie (Aeme), que la politique d’efficacité énergétique du gouvernement commence à porter ses fruits. Dans cet entretien, Biram Faye revient aussi sur les enjeux et l’état de la législation.

 

Quels sont les enjeux liés à la maîtrise de l’énergie ?
C’est une question importante et d’actualité. Mais avant tout permettez-moi de définir le concept de maîtrise de l’énergie. La maîtrise de l’énergie vise à réduire les consommations d’électricité dans tous les secteurs. Son objectif est double : améliorer le rendement du système électrique, à la consommation des équipements situés après le compteur et réduire les puissances de pointe car ce sont elles qui déterminent la nécessité ou non de construire de nouvelles infrastructures.
Le développement d’un pays passe nécessairement par une offre et une couverture riche en énergie. Cette couverture pérenne doit être renforcée par une maîtrise permanente des consommations énergétiques. De plus, la production d’énergie est majoritairement polluante. Pour créer cet équilibre face à une telle situation, l’utilisation rationnelle de l’énergie se présente comme la meilleure alternative entre production d’énergie et émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, l’efficacité énergétique est l’une des composantes essentielles de la maîtrise de l’énergie. Les enjeux liés à la maîtrise de l’énergie sont d’ordre économique, environnemental et social.
Concernant les enjeux d’ordre économique, on peut citer  la diminution de la dépendance énergétique du pays, la réduction des factures électriques de la Senelec, l’équilibre de la balance commerciale du pays, la satisfaction des besoins énergétiques, etc.
Ensuite, il y a les enjeux environnementaux avec la diminution des émissions des gaz à effet de Serre (mieux on consomme, moins on pollue) et la préservation de la biodiversité, mais aussi l’atténuation de la pollution de l’eau.
Enfin, on note les enjeux sociaux avec la lutte contre les disparités économiques entre milieux urbains et ruraux, l’augmentation du pouvoir d’achat des Sénégalais ; la réduction de la pauvreté avec le développement des activités génératrices de revenus (l’amélioration à l’accès à l’eau et à l’irrigation, à la conservation et au séchage), etc.

Quel bilan tirez-vous de la politique d’efficacité énergétique du gouvernement du Sénégal ?
Le bilan est globalement positif. La politique d’efficacité énergétique a contribué fortement à la fourniture d’une électricité en quantité suffisante, fiable et à prix abordable. Elle a aussi permis de réduire les factures d’électricité de structures publiques et privées à travers des diagnostics énergétiques dans différents hôpitaux (Principal, Pikine, Roi Baudouin, Ouakam et Abass Ndao). La politique mise en place a aussi permis d’augmenter le taux d’électrification rurale.
Les actions en faveur de la promotion de la maîtrise de l’énergie et l’efficacité énergétique sont déclinées dans deux axes majeurs. Il s’agit de la réduction de 10 % à 20 % de la facture publique d’électricité à l’horizon 2018 et faire une économie de 40 % sur les consommations finales d’électricité du pays en 2020. En ce qui concerne la réglementation du secteur, l’Aeme a élaboré, en relation avec l’Association sénégalaise de normalisation, 28 normes relatives à l’éclairage général, á l’éclairage public et des lieux de travail, au froid alimentaire, la climatisation, à l’eau chaude sanitaire, à l’étiquette d’information énergétique des équipements électrodomestiques.

Quelles sont les différentes initiatives entreprises par l’Agence pour l’économie et la maîtrise de l’énergie (Aeme) dans ce sens ? Nous faire un bref bilan des résultats obtenus…
Le programme phare de l’Aeme est structuré autour du Programme d’analyse, suivi et réduction des dépenses d’électricité du secteur public (Sardel). Ce programme vise la réalisation de diagnostics énergétiques ciblés afin de mieux cerner les potentiels d’économie d’énergie des sites administratifs et procéder à leur mise à niveau énergétique. En 2018, cinq hôpitaux publics de Dakar devaient faire l’objet d’audit énergétique. En outre, il convient également de satisfaire les demandes d’assistance énergétique adressées par certaines institutions pour améliorer leur efficacité énergétique. La démarche consiste à faire la réalisation de diagnostics énergétiques ciblés et la mise en œuvre des mesures d’efficacité énergétique sur les demandes d’assistance. Grâce au programme Sardel, nous avons audité 7.000 polices d’abonnement de l’État du Sénégal. La consommation d’énergie de l’ensemble de ces abonnés s’est élevée à 168 GWh/an ; ce qui correspond à une facture annuelle de 30 milliards de FCfa.
Le programme de suivi et contrôle de la facturation d’électricité est un ensemble d’activités qui visent principalement à réduire le coût unitaire de l’électricité. Ce programme vise principalement le secteur public qui comprend l’administration centrale, les collectivités locales, les établissements à autonomie financière. Les types de bâtiments retenus sont les bâtiments résidentiels, les logements collectifs, les bâtiments publics à usage de bureaux, les ministères, les bâtiments militaires, les casernes, les établissements médicaux, scolaires ou universitaires, etc.
Parmi les initiatives, il faut aussi noter l’élaboration de la liste exhaustive des abonnements publics et l’identification des compteurs et des bénéficiaires. Cet état de lieux permet de résilier les abonnements faisant l’objet d’une exploitation abusive. La constitution d’une base de données des consommations d’électricité à partir de deux à trois ans d’historique et la modélisation des tarifs, des contrats et barèmes de calcul du montant total. Grâce à cette base de données initiale des simulations informatiques permettent d’optimiser les conditions de facturation. C’est-à-dire le choix optimal des puissances souscrites, des tarifs et la réduction de diverses pénalités liées à la contre performance des installations du client. Pour 2019, nous comptons auditer toutes les universités publiques du pays.
Pour ce qui est de l’éclairage efficace, l’Aeme a entrepris l’installation des lampes Leds dans les bâtiments administratifs, dans le cadre d’un projet financé par l’Uemoa. Ce projet a permis d’installer efficacement 25 sites administratifs stratégiques tels que l’Assemblée nationale, la primature, le conseil économique et social, et beaucoup de ministères, etc. Ainsi, il y a la distribution de 82.604 lampes fluocompactes dans les sensibilisations sur les bonnes pratiques de l’économie d’énergie et l’installation de 17.288 Leds dont 1.364 pour les hôpitaux de Saint-Louis, Diourbel et Kaolack. De même, l’Aeme a mis en place un laboratoire de contrôle de la qualité des lampes (en cours d’installation).
Depuis le démarrage du programme Sardel en 2015, l’Aeme a pu faire économiser à l’Etat plus de 2,5 milliards de FCfa. Et les données de 2018 nous permettront d’atteindre l’objectif de réduire la facture d’électricité de l’Etat de 10 % à 20 %.
A l’initiative de l’Aeme, la stratégie sénégalaise de la maîtrise de l’énergie est aujourd’hui disponible. Celle-ci est arrimée au Pse et s’appelle « Sénégal Bleu 2030 ». Par ailleurs, dans notre partenariat dynamique avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Adem France), nous sommes en train d’expérimenter des bâtiments bioclimatiques et bas carbone à Diamniadio.

Où se situe le Sénégal en termes d’intensité énergétique (rapport entre la consommation globale du pays et le Pib) par rapport aux meilleurs standard internationaux ?
Il est difficile de répondre à la question notamment en l’articulant aux meilleurs standard internationaux en matière d’intensité. Il faut d’abord rappeler que l’intensité énergétique, en tant que rapport entre la consommation et la production de la richesse, constitue un indicateur macro, spécifique à chaque pays. Alors, ce qui est utile sans doute de préciser c’est comment l’intensité énergétique évolue dans le temps et comment elle s’améliore dans le temps. Deux variables semblent ici déterminantes : la croissance économique et les performances énergétiques. L’amélioration de l’intensité dans son rythme conditionne en partie la demande finale d’énergie. Dès lors, le rythme d’évolution de l’intensité au Sénégal entre 2014 et 2016 infère la nécessité d’accentuer les efforts de soutien à l’efficacité énergétique.

SEYDOU KA

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