Actusenegal.net Depuis octobre dernier, le Directeur des domaines Mamour Diallo, continue d’essuyer les attaques du leader de Pastef et candidat à l’élection présidentielle prochaine Ousmane Sonko qui l’a accusé d’un détournement de 94 milliards de francs cfa. La stratégie du silence adoptée depuis lors par le ndiambour-ndiambour a été finalement brisée, pour non seulement se laver à grande eau mais aussi pour apporter l’éclairage qui sied dans cette affaire et ces accusations sans fondement, dit-il.

Le directeur des Domaines donne les raisons de « l’acharnement » sur lui :  » C’est simplement une cabale montée de toutes pièces par un homme à l’ego surdimensionné en quête de popularité, revanchard et vindicatif. J’ai eu, à deux reprises, à lui refuser une faveur car j’estimais qu’il me demandait de tordre le cou à la loi. La première fois, je n’étais que receveur des Domaines. L’ancien directeur du Cadastre,Tahibou Ndiaye, lui avait offert un terrain agricole de plusieurs hectares. Sonko a eu un litige sur ce terrain et il a voulu m’imposer que l’Etat lui en donne un autre en échange. J’avais dit niet : au nom de quoi, un problème privé qui ne concernait que lui devait être pris en charge par la collectivité́ ?

La deuxième fois, c’était en tant que directeur des Domaines. Il a débarqué un jour dans mon bureau en disant qu’il avait repéré́ un terrain libre et bien placé dans Dakar, sur lequel il voulait construire le siège de son parti et dont il voulait que je régularise la situation au plan administratif. Là, lui avais simplement fait observer qu’il fallait suivre une certaine procédure et faire preuve de patience car Pastef ne méritait pas plus un terrain que les innombrables partis politiques, associations, ONG et divers groupements qui se trouvent aussi en location. Je pense effectivement que ces deux incidents ne sont pas étrangers à la cabale haineuse qu’il mène contre moi ».

Devant la presse, Mamour Diallo a fait savoir, qu’à travers sa personne, c’est tout l’Etat qui a été attaqué. Puisque pour lui : « Un chef de service qui détourne 94 milliards FCfa et continue de vaquer à ses occupations comme si de rien n’était ? Convenez avec moi que s’il y a une once de vérité dans ces affabulations, alors c’est toute la chaîne de responsabilités du ministère des Finances qui devrait être virée voire emprisonnée. Je me suis dit que ce n’était pas moi seulement qui étais attaqué, mais l’Etat tout entier et que la riposte ne devait pas aussi être personnelle mais administrative et officielle ».

Le directeur des domaines de faire la lumière sur ces 94 milliards de francs qu’il n’a jamais brassé, lui dit-il, qui ne voit que du papier :  » Le titre foncier (TF) n°1451/R, d’une superficie de 258 hectares, datant de 1959, appartenait à deux familles de Lébous de Rufisque. Il avait été vendu en 1979 à la société immobilière Saim Indépendance, une vente qui a été contestée en justice à partir de 1995 par les héritiers des deux familles. En 1997, l’Etat du Sénégal a exproprié le TF 1451/R et indemnisé la société immobilière qui, jusqu’à cette date, en était le propriétaire légal. Mais, en 2012, au terme d’une longue bataille judiciaire, les héritiers lébous ont obtenu l’annulation de la vente intervenue en 1979. Du coup, ils ont commencé à émettre des prétentions sur le TF 1451/R, alors que celui-ci était passé dans le patrimoine de l’Etat depuis longtemps, du fait de l’expropriation ! En droit, n’importe quel juriste vous le confirmera, l’annulation judiciaire d’un contrat a un effet rétroactif : les parties sont replacées dans la situation qui était la leur avant la transaction. Autrement dit, les Lébous redevenaient les propriétaires, au sens juridique du terme, du TF. Ce qui était un problème, car les terres n’étaient même plus disponibles puisque affectées à des projets de l’Etat, au profit notamment de la Sn HLM. En d’autres termes, ce que les familles léboues possédaient en réalité, ce n’était plus un bien physique, à savoir des terrains, mais un bien incorporel, en l’occurrence une créance sur l’Etat. En 2016, les héritiers ont choisi de céder à l’institution financière Sofico leurs droits, actions et créances sur l’ensemble du TF. La transaction qui ne me concernait pas, s’était chiffrée à plusieurs milliards FCfa.
Je rappelle que dans les dossiers fonciers importants, les cessions de créances sont monnaie courante, elles constituent même la règle. Quand vous possédez une créance sur l’Etat, qui atteint plusieurs milliards FCfa et résulte d’un contentieux, croyez- vous qu’il soit facile de se faire payer ? Ce n’est un secret pour personne: l’Etat gère beaucoup de contraintes et, au moment des arbitrages de trésorerie, certaines dépenses ne sont pas des priorités. On peut comprendre très facilement l’intérêt de la cession de créances pour des familles sénégalaises modestes, composées de nombreux membres, qui plus est épuisées par plus de vingt années de procédures judiciaires et administratives. Vu que les banques et les établissements financiers qui rachètent ces créances sont des investisseurs institutionnels, ils possèdent les moyens de gérer la complexité des procédures. Mais, surtout, ils ont du temps, un temps que ne possèdent pas forcément des personnes physiques, des pères de famille qui aimeraient bien jouir de leur bien sans devoir attendre plusieurs années encore ».

A la question de son implication dans ce dossier, Mamour Diallo a fait remarquer « Je précise d’abord que les familles léboues ne possédaient plus des terres à proprement parler, puisqu’il s’était écoulé 34 ans entre leur cession et l’annulation de la vente; il ne leur restait qu’un droit de créance sur l’Etat, droit qu’ils ont revendu à un investisseur. Le problème qui se posait alors était celui de la valorisation de ce droit. Autrement dit: combien l’Etat devait-il à présent payer en contrepartie des terres qu’il avait expropriées vingt ans plus tôt ? Et cela a relevé de la compétence d’une commission prévue à l’article 3 du décret n°97-563 du 3 juillet 1997 portant application de la loi de 1976 sur les expropriations pour cause d’utilité publique. Sofico a introduit un recours devant cette commission seule habilitée à fixer les modalités de l’indemnisation. La commission dont je ne suis même pas membre a été présidée par le Gouverneur de région, avec le Receveur des Domaines. Le Directeur des Domaines que je suis est juste informé, a posteriori, de ses décisions car, par contre, c’est à moi qu’il incombe d’exécuter celles-ci. A ce titre, mon rôle a consisté à préparer les actes d’acquiescement. Et laissez-moi vous dire une chose : ces fameux actes d’acquiescement, qui suscitent tant de fantasmes chez les gens de Pastef, sont tout banalement des documents qui constatent l’accord intervenu entre la Commission et les personnes expropriées. Ce ne sont pas des actes créateurs de droits, mais des actes déclaratifs qui entérinent et formalisent un accord préalable. C’est la loi qui les exige et c’est effectivement ma responsabilité de les préparer. Bref, la commission s’est réunie le 21 août 2017 et a retenu une base d’indemnisation, avec une forte décote. Malgré cette décote, la dette de l’Etat vis-à-vis de Sofico, qui s’était substituée aux Lébous, s’élève à 94 milliards FCfa. Voilà d’où vient ce fameux chiffre de 94 milliards ! Vous comprenez donc pourquoi, lorsque Ousmane Sonko m’accuse de détournement sur cette somme, j’en tombe des nues.

.Le directeur des domaines de révéler ensuite : « Les 94 milliards ne sont pas de la trésorerie, mais c’est juste une créance de Sofico sur l’Etat…
Ces fameux 94 milliards FCfa, c’est du virtuel. Et, vu les contentieux qu’il y a autour de cette affaire, je me demande même si Sofico va un jour arriver à entrer dans ses fonds, au regard des milliards qu’elle a déjà décaissés au moment du rachat de la créance. Il est aussi à signaler qu’à ce jour l’Etat a payé très exactement 3. 445 475 000 francs.J’avais été informé par la suite de l’existence d’un litige entre certains héritiers lébous et Sofico, au sujet du rachat de leurs créances. Comme mesure conservatoire, j’avais immédiatement suspendu la procédure et, depuis lors, le dossier n’a pas bougé d’un iota. C’était bien avant les élucubrations de Ousmane Sonko. Mais je suppose que c’est plus porteur pour lui de m’attaquer sur 94 milliards que sur 3 milliards FCfa.
Il est aussi bon de savoir que le directeur des Domaines ne gère qu’une chose dans ce type de dossier : la préparation des actes administratifs et réglementaires devant aboutir au paiement des indemnités fixées par la Commission de conciliation.
Je suis un maillon d’une chaîne administrative qui part de la Direction générale du Budget, qui met en place les crédits permettant de couvrir la dépense, jusqu’au Trésor, qui paie effectivement les indemnités. Moi, je ne vois même pas d’argent, pas un sou. Je ne gère que du papier et je ne suis ni au début ni à la fin de la procédure. Comment aurais-je pu détourner ne serait-ce qu’un centime ? J’aurais pu penser que Ousmane Sonko était simplement victime de son incompétence, mais puisqu’il a des intérêts dans ce dossier, cela signifie juste qu’il fait preuve d’une mauvaise foi extrême ».

Sur le même registre, Mamour Diallo d’ajouter « Sonko était le conseiller de certains des héritiers lébous, à travers non pas un, mais deux cabinets de conseil gérés par le même homme de paille. Par l’intermédiaire de ces officines, il s’activait beaucoup dans le business du foncier, jouait les intermédiaires, encaissait des commissions, etc. Je n’ai pas besoin de fournir des preuves puisque celles-ci sont désormais sur la place publique, notamment l’enregistrement audio dans lequel on l’entend faire affaire avec les Lébous, sur un ton de mafioso. Dans ce dossier, il avait tout simplement des attentes financières, en tant que représentant d’une des parties, et c’est quand il a vu que ses attentes allaient être déçues qu’il s’est mis à employer son arme fétiche: le dénigrement.
Son vrai combat dans cette affaire n’a rien à voir avec la transparence ou avec la bonne gouvernance : c’est tout simplement une histoire de gros sous. J’imagine qu’il comptait peut-être sur ses honoraires dans ce dossier pour financer sa campagne électorale. Mais, lorsque les menaces et le chantage, des armes dont il se vante dans le document audio, n’ont pas fonctionné, ses plans ont été bousillés.
Vous savez, cette affaire n’est même pas une affaire politique, ce serait faire trop d’honneur à Sonko que de la classer dans le registre politique. Il s’agit tout simplement d’une médiocre tentative de vengeance, motivée par des intérêts personnels et bassement matériels qui ont été contrariés.
Sonko n’est pas un homme politique, c’est un petit caïd assoiffé d’argent. Je lui reconnais un seul talent: celui de savoir brouiller les cartes, détourner l’attention, lancer les gens sur des fausses pistes et esquiver les vraies questions. Quand il est acculé, sa tactique c’est d’ouvrir un front ailleurs. Ou alors, il répond par l’insulte et une fausse dérision à ceux qui lui posent des questions gênantes, ce qui est

confortable puisque cela lui évite d’y répondre.
A la question de savoir la suite qu’il va accorder à cette affaire, le Directeur des domaines a signifié « J’avais décidé de ne pas judiciariser ce dossier. Car je sais très bien ce que recherche Ousmane Sonko. Il faut tout le temps qu’il fasse la une de l’actualité. Mais je n’ai aucune envie de lui rendre service en le traînant en justice dans le contexte actuel. Il va transformer la première convocation devant la police en meeting de lancement de sa campagne. Je vais attendre jusqu’après l’élection présidentielle, quand le peuple sénégalais lui aura infligé la raclée qu’il mérite et qu’il ne pourra plus prétendre que ma plainte est une stratégie de l’Etat pour torpiller sa campagne ».

La contre-offensive du leader de Pastef, dans cette atmosphère électorale effervescente, est bien sûr attendue.

Mohamed El Amine Thioune-Actusenegal.net

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